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Le plus grand suicide collectif de l’Histoire : La secte du Temple du Peuple

C’est une histoire sordide que je vais vous raconter aujourd’hui. Une histoire affreuse, monstrueuse. C’est l’histoire du plus grand suicide collectif de l’Histoire. La plus grande perte humaine des États-Unis avant les attentats du 11 septembre 2001.

Le 18 novembre 1978 près de 920 membres de la secte du Temple du Peuple meurent dans la jungle du Guyana sous les ordres de Jim Jones, le gourou de cette secte.

Que s’est-il passé ? quelle est l’histoire de cette secte et son gourou ? Comment un gourou, seul, a-t-il pu œuvrer pour la mort de près d’un millier de personnes ?

Jim Jones, de son vrai nom James Warren est né en 1931 dans l’Indiana aux Etats-Unis. Il grandit dans un milieu pauvre et très pieux. Il est un membre de l’église du mouvement charismatique évangélique. Dès l’adolescence, il commence déjà à évangéliser les enfants de son entourage. Il est très précoce. Il fonde son église à 18 ans et se marie à l’âge de 19 ans à une infirmière. Peu à peu, il va embrasser l’idéologie communiste. Il est très instable sur le plan religieux. Il va changer de religion une dizaine de fois. En 1952, il devient pasteur méthodique, puis abandonne le méthodisme pour le pentecôtisme. Il est le père de 8 enfants, un enfant biologique et 7 autres adoptés parmi lesquels un noir et deux coréens.

Jim Jones est un idéaliste dans une Amérique ouvertement raciste ; il a pour ambition de réunir les Noirs et les Blancs. Il a à cœur de lutter et de mettre fin au racisme. Son rêve est de rendre les gens heureux, les soigner, les aider. Il est pour le partage des richesses.

Pour réaliser son rêve, il ouvre une première église dans l’Indianapolis, baptisée en 1955 le Temple du peuple. Il commence à gagner en notoriété et en crédibilité. Son église engrange l’arrivée de plusieurs nouveaux membres. En réalité, Jim Jones utilise des moyens peu orthodoxes pour enrôler. Ils recrutent des détectives privés qu’ils envoient chercher des informations sur des personnes susceptibles de rejoindre son église. Ils utilisent les informations que les détectives lui donnent pour faire croire aux potentiels membres de son église qu’il a eu des révélations divines sur eux. Ils utilisent des tours de magie pour faire croire qu’il réalise des miracles. Par exemple, il fait semblant d’extraire les tumeurs des patients de leur bouche, cachant un foie de poulet dans sa manche. Ses guérisons mystérieuses sont montées de toutes pièces, les soi-disant malades sont en réalité ses complices.

Le succès de son église repose aussi sur les aides sociaux qu’elle propose. Il apparaît comme un bienfaiteur de l’humanité. Ce pasteur a des discours politiques très à gauche aux relents marxistes : « C’est la lutte des classes qui produit la religion ; s’il n y’avait ni riches ni pauvres, si tous étaient égaux, la religion disparaitrait. Les gens ne développent la religion que quand ils ne sont pas heureux dans ce monde […] Le racisme est le reflet, le résultat de la séparation des gens basées sur la propriété. Je ne crois pas en la propriété privée ; je crois que la propriété doit être possédée en commun tout comme l’église nous appartient à tous ». Il propose un socialisme apostolique.

Il donne un souffle d’espoir aux noirs américains, la défense des droits civiques et des peuples occupent une grande place dans ses discours.

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Peu à peu, le mouvement prend une certaine tournure et se radicalise. La procréation est interdite. Le gourou se proclame prophète envoyé par Dieu. À cette époque-là, environ 35 milles personnes sont adhérents à son mouvement. Au milieu années 60, Jim Jones se déporte à Ukiah en Californie, accompagné d’une grosse centaine de fidèles. Le mouvement se radicalise de plus en plus ; Jim Jones mélange à la fois la religion et l’idéologie communiste. Il prétend être la réincarnation de Jésus-Christ, Moïse, Lénine, Bouddha. Ces enseignements lui valent plusieurs plaintes, il n’hésite pas à attaquer et à critiquer le gouvernement. Il exerce une telle influence sur ses fidèles que ceux-ci donnent tous leurs revenus au mouvement.

Aux débuts des années 70, le Temple du peuple déménage à San Francisco. Jim Jones est désormais le « père » de la secte. Les fidèles l’appellent « Papa ». Il se livre à des pratiques dégradantes et violents contre ses fidèles. Il sodomise les jeunes garçons, viole les femmes, il interdit aux maris de dormir avec leurs femmes, il châtie à travers des sévices corporels les fidèles accusés d’avoir péché, humilie ses disciples, pille leur argent, accapare tous leurs biens.

La presse qui a eu vent de ce qui se passe au Temple du peuple commence à s’intéresser à ce mouvement et rédige des articles pour dénoncer les abus du gourou de cette secte. Malgré les plaintes déposées pour viol, violences, détournement des mineurs, tentative d’homicide, trafic et usage de drogue ; aucune enquête n’est diligentée. La liberté de culte aux Etats-Unis est consacrée par la constitution. La liberté de religion est une liberté absolue aux Etats-Unis.

En réalité, Jim Jones est devenu très puissant et a plusieurs soutiens puissants, c’est lui qui a fait nommer le procureur de la ville.

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Toutefois, l’étau se resserre peu à peu sur la secte. Il est aussi pourchassé par le fisc. Le gourou décide alors d’élaborer un plan visant à acheter un vaste terrain à l’extérieur des Etats-Unis, puis fuir les Etats-Unis avec ses fidèles pour s’y installer et vivre en autarcie loin de toutes pressions ou enquêtes. Le Temple du peuple décide de s’installer à Guyana, petit pays d’Amérique du Sud, au nord du Brésil. Il a jeté son dévolu sur ce pays parce que c’est un pays socialiste, ce qui correspond à l’idéologie de la secte. Il réussit donc à faire venir les membres de sa secte au Guyana.

Le Temple du peuple va s’établir sur un espace 11.000 hectares dans la jungle. Il fonde alors une colonie et lui donne son nom « Jonestown », une « société authentiquement socialiste, enfin dépouillée de tout racisme, de tout sexisme et de toute forme de discrimination contre les vieux ». Sa communauté est constituée de près de 1300 disciples ; composés en majorité de noirs américains pauvres, d’enfants et de vieillards. C’est le siège du mal : pédophilie, viol, drogue, humiliations, punitions etc. Tel un Big Brother, il est omniprésent, avec son haut-parleur, il se fait entendre partout.

Le gourou fait travailler ses disciples de l’aube au crépuscule 6 jours par semaine (12 à 14 heures par jour) pour construire la communauté : maisons, routes, églises, dispensaire etc. Il confisque les passeports de tous ses membres pour les empêcher de fuir.

Il développe une théorie sur l’imminence de l’apocalypse et endoctrine ses ouailles. Il commence à les préparer au suicide. Il leur fait comprendre que le gouvernement américain s’apprête à déclencher une guerre contre eux et que le suicide collectif est la seule option. Jones alimente une théorie du complot visant à faire croire aux fidèles que la CIA persécute la secte et arrêtera toute personne qui voudrait la quitter, il les maintient dans une peur constante. Les membres de la secte sont totalement dépendants, dépersonnalisés et sous l’emprise de Jim Jones. Il y a une telle adhésion que ses adeptes ne se révoltent pas. Un peuple de zombies. Il prônait l’égalité mais la vérité était tout autre. Au sein de la secte, c’étaient les blancs qui exerçaient l’autorité et les noirs qui étaient majoritaires étaient réduits à des rôles de subalternes.

Le 17 novembre 1978 après des plaintes de parents de fidèles, un membre du Congrès américain, Leo Ryan, débarque à Guyana pour observer de près les méfaits de la secte et mener une enquête. Celui-ci est assassiné avec trois journalistes et une défectrice par des hommes de la milice de Jim Jones. Le gourou sait désormais qu’il n’échappera pas aux autorités américaines.

Le gourou annonce alors à ses fidèles l’imminence d’un assaut de l’armée américaine sur la colonie de « Jonestown ». Il somme alors aux adultes de la secte d’administrer du poison aux enfants avec des seringues. Les fidèles vont ingurgités un poison mortel. Sous les ordres de Jim Jones, ils ont tous été empoisonnés avec un mélange de soda à l’orange et de cyanure. La dose de poison ingurgité est tellement forte que leur mort est survenue entre trois et cinq minutes après avoir bu le poison.

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Quelques rares adeptes tentent de s’enfuir dans la jungle. Ils sont rattrapés, ou tués, et contraints à s’administrer la boisson mortelle. Seules une vingtaine de personnes survivront. On dénombre un peu plus de 915 morts dont 309 enfants. Un véritable champ de cadavres. On retrouve des cadavres d’enfants dans les bras de leurs parents ou encore des cadavres qui se tenaient la main.

Le gourou quant à lui, sera retrouvé mort avec une balle dans la tête. S’est-il suicidé ou a-t-il été tué ? Une carabine a été retrouvé à quelques mètres de lui. Qui a pressé la gâchette ? Le mystère demeure.

Le gourou avait même appelé ses adeptes vivant aux Etats-Unis à se tuer. On va retrouver dans les comptes bancaires du gourou éparpillés dans des paradis fiscaux un peu partout dans le monde près de 10 millions de Dollars.

Sur le site du drame, les autorités ont retrouvé des bassines encore remplies du mélange et des seringues. Des enquêtes après au drame ont révélé les liens de Jim Jones avec bon nombre d’hommes politiques américains, de Rosalynn Carter, femme du président américain, aux maires successifs de San Francisco en passant par le secrétaire à la Santé, Joseph Califano. Il a organisé des œuvres charitables et a participé à des campagnes pour ces hommes politiques. C’est pour cette raison qu’il a longtemps été protégé et que les plaintes contre lui n’ont jamais prospéré.

Avant de mourir, le gourou laisse ce message dans une cassette : « Nous sommes 1000 personnes qui disons que nous n’aimons plus ce monde ; prenez nos vies ; nous nous allongeons, nous sommes fatigués, nous n’avons pas commis de suicides, nous avons commis un acte suicide révolutionnaire en guise de protestation contre ce monde inhumain ».

Arol KETCH – 30.07.2021
Rat des archives
Fourmi Magnan égarée

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Patrick Zambo

Rédacteur prolifique spécialisé en journalisme d'investigation, Patrick Zambo a rédigé des contributions pour de nombreux organes de presse nationaux et internationaux. Réputé pour sa rigueur et son impartialité dans le traitement de l'information, il sait faire montre d'une méthodologie à toute épreuve. Contact : patrick.zambo@newsclic.info

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